Comment a-t-il fait? Il y a une myriade de facteurs à prendre en compte pour expliquer sa victoire. Mais, pour ce billet, je me concentrerai sur ce qui me parait comme un facteur considérable de sa victoire : sa capacité à être un personnage manipulant sa propre marque de viralité.
Avant tout, je tiens à souligner que je n'ai pas d'aversion pour Donald Trump. Je ne suis pas d'accord avec plusieurs éléments de son idéologie, et je suis d'accord avec d'autres. J'ai suivi sa campagne avec intérêt et amusement, car il représente un animal politique hors du commun, quoi que l'on pense de lui. Sa victoire ne fait que renforcer ma curiosité et mon admiration pour cet individu qui apparemment, a fait n'importe quoi, mais a quand même gagné contre une machine démocrate qui semblait avoir presque tous les avantages. On peut le haïr ou l'aimer, mais pour gagner dans de telles conditions, et avec un style aussi inflammatoire, il est difficile de nier Trump à un talent bien particulier.
Nous avons parlé récemment du viral en classe, et à quel point il est peu contrôlable. On peut tenter de créer des campagnes, vidéos, ou phénomènes viraux, mais il n'y a aucune garantie de réussite. Mais qu'en pense monsieur Trump?
Trump a cultivé pendant ces 20 derrières années sa marque et son image, et s'est notamment lancé dans la téléréalité, dans des émissions comme The Apprentice, mais aussi en faisant des apparitions dans une myriade d'émissions, spectacles (la ligue de lutte WWA, les concours de beauté organisés par lui, etc...) et films.
Pendant ces années, Trump, déjà connu comme un personnage proéminent de la scène des affaires américaine, a transformé son statut à celui de ''star''. Il a maîtrisé l'art du spectacle. Ces années ont dû être une période d'apprentissage importante pour lui sur comment contrôler l'attention médiatique et publique.
Une fois lancé dans les primaires républicaines, Trump s'est vite démarqué par son style non-chalant, insultant, volatile et inflammatoire. Il a réalisé rapidement que cela commandait l'attention des médias (peut-être que c'était son plan depuis le début).
Soyons francs, presque tous les grands médias ont été contre Trump pendant cette élection, et dire le contraire équivaudrait à de l'aveuglement volontaire.
Ironiquement, malgré cette haine des médias contre lui...Il a compris leur faiblesse clé : leur désir de faire des histoires, et d'avoir une haute côte d'écoute. Alors il leur a donné des histoires, il leur a donné de la controverse, il leur a donné tout ce qu'ils voulaient : du sensationnalisme. Il a trouvé la recette, et il l'a utilisée pendant toute la campagne. Amusément, les médias croyaient le démolir, mais ils ne faisaient que lui donner de la publicité gratuite.
Il a ainsi polarisé ses supporteurs et ses détracteurs : ses supporteurs adorent son style spectaculaire, désinhibé et incroyable, et ses détracteurs le détestent pour toutes les conneries non politiquement correctes qu'il dit. Plus les médias le haïssaient et tentaient de le démolir, plus les gens désabusés de l'élite politique et de la partisanerie médiatique ont vu en lui un champion luttant contre tous, renforçant son image ''d'outsider'' et d'homme du ''peuple''.
Ce style tranchant lui a aussi cristallisé des communautés d'appui politiquement désinhibées sur des médias sociaux tels que Reddit, 4Chan, et Facebook. Inutile d'élaborer sur la quantité de ''memes'' (phénomènes humoristiques viraux) générés par ces communautés autour de son personnage. Selon mes observations, Trump avait une communauté d'appui bien plus active sur les médias sociaux qu'Hillary, car il est plus facile d'appuyer le politiquement incorrect en ligne qu'en personne.
Et ça a marché. Au final, ce pari risqué a fait en sorte que Trump a dépensé moins d'argent que ses compétiteurs républicains, et la MOITIÉ de ce qu'Hillary a dépensé dans sa campagne (270 millions contre 521 millions). Cela est incroyable dans une ère où l'on imaginait que l'argent allait contrôler encore plus la politique américaine. D'après la firme d'analyse de données mediaQuant, Trump en a eu pour 5 milliards de dollars de couverture médiatique (le double d'Hillary). L'article suivant élabore plus sur cette réalité :
Comme quoi, avec une bonne connaissance du concept de marque, des médias, du spectacle et en percevant les recettes qui marchent, un astucieux clown politique a accédé au poste de Président des États-Unis. Un gladiateur a donné un spectacle à échelle nationale au peuple Romain, à son plus grand désarroi, et pour son plus grand plaisir. Il se peut qu'il soit l'exception à la règle, ou qu'il augure un style nouveau de politique.
Amusant, n'est ce pas? Dîtes moi ce que vous en pensez!







